Le tennis et la Tunisie, les deux passions d’Ons Jabeur

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La joueuse tunisienne Ons Jabeur au tournoi de Doha, le 27 février 2020.

La joueuse tunisienne Ons Jabeur au tournoi de Doha, le 27 février 2020. KARIM JAAFAR / AFP

Le 2 mars, Ons Jabeur, 25 ans, a obtenu le meilleur classement de sa carrière en s’installant à la 39place du classement WTA. La numéro 1 du tennis africain vit en effet un début d’année particulièrement brillant, symbolisé par un quart de finale à l’Open d’Australie, l’un des tournois du Grand Chelem, perdu face à l’Américaine Sofia Kenin (4-6, 4-6), qui sera sacrée quelques jours plus tard. Jamais aucune joueuse d’un pays arabe n’avait réussi une telle performance, ni même à intégrer le top 50 mondial. Depuis, Ons Jabeur a confirmé son succès en atteignant les quarts de finale du tournoi de Doha, au Qatar.

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Salma Mouelhi, la présidente de la Fédération tunisienne de tennis (FTT), assure avoir assisté ces derniers mois à une véritable transformation de la jeune joueuse : « Elle a franchi un cap. Ons a toujours eu des qualités techniques et physiques, mais ce qui est différent c’est qu’elle croit vraiment en elle. Elle a le potentiel pour viser plus haut, le top 10 mondial par exemple. »

Après l’Open d’Australie, Ons Jabeur a décidé de changer d’entraîneur. Issam Jellalli, l’ancien numéro 1 tunisien, a remplacé le Français Bertrand Perret, avec qui elle travaillait depuis un peu plus de deux ans. « Je ne m’y attendais pas, ça a été un peu brutal. Elle a fait le choix de changer des choses dans son équipe, mais on a de bonnes relations. Ce que je constate, c’est qu’elle a beaucoup progressé ces derniers mois. Elle a davantage confiance en elle, elle fait plus d’efforts sur le travail physique, tactique, la diététique, etc. », explique ce dernier.

« Aller plus haut »

Issue d’une famille plutôt aisée de la région de Monastir – son père Ridha est chef d’entreprise –, Ons Jabeur a su construire sa carrière patiemment. Sa mère l’a initiée au tennis à l’âge de 3 ans, comme ses autres enfants. « Rapidement, elle a voulu faire du tennis son métier, elle était tournée vers cet objectif », raconte Anis Bouchlaka, le directeur technique national, même si la jeune fille cultive dans le même temps une vraie passion pour le football.

Sa scolarité au lycée sportif d’El Menzah, à Tunis, lui permet de pratiquer le tennis de manière intensive et c’est à 16 ans, en 2010, qu’elle obtient sur la scène internationale son premier résultat significatif en parvenant en finale du tournoi junior de Roland-Garros. Un an plus tard, elle revient à Paris et remporte cette fois le tournoi, avant d’effectuer ses débuts sur le circuit professionnel en février 2012, à Doha.

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« Mes parents ont eu un rôle essentiel, leur soutien reste important. J’ai besoin des miens pour avancer. Mon mari, Karim Kamoun, est mon préparateur physique depuis plus de deux ans et cela contribue à ma progression. Je ne dis pas qu’il est toujours facile de mélanger le professionnel et le personnel, mais le fait d’avoir mon mari à mes côtés fait partie d’un projet familial », explique Ons Jabeur.

En huit ans de carrière, la joueuse a remporté onze tournois ITF (catégorie inférieure aux tournois WTA, disputés par des joueuses juniors et professionnelles classées au-delà de la 100e place mondiale), dont trois fois celui de Tunis (2013, 2014 et 2016). « Il y a encore peu de temps, quand j’affrontais une joueuse du top 20 mondial, c’était no stress. Aujourd’hui, c’est différent, je veux la battre, je veux gagner. Je crois que ma vie a changé lors de l’Open d’Australie et lors des deux mois d’entraînement à Monastir. Je sortais d’une année 2019 pas assez satisfaisante à mon goût, malgré ma présence au troisième tour de l’US Open. J’ai réalisé qu’il fallait faire beaucoup plus pour aller plus haut. Et, aujourd’hui, je sais que je peux y arriver », explique la jeune Tunisienne.

« Un vrai symbole de réussite »

Ce que Bertrand Perret confirme : « Elle a le potentiel pour intégrer le top 10. Elle n’est pas facile à jouer pour ses adversaires et elle ne doute plus. Je lui souhaite d’y parvenir, car c’est une bonne personne, communicative et appréciée sur le circuit. »

En 2011, alors que la Tunisie vit, avec la révolution, une transition politique historique, la jeune joueuse est critiquée, notamment par les islamistes, parce qu’elle porte une minijupe sur les courts. Une partie du public la soutient et son père, musulman pratiquant, vole également à son secours. « Elle n’a pas cédé aux critiques, car elle a de la personnalité. C’est une fille facile à vivre, agréable, mais elle ne se laisse pas impressionner », reprend Salma Mouelhi. « Sincèrement, je ne fais plus attention à ce type de critiques. Je suis beaucoup plus forte maintenant », assure Ons Jabeur.

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Son attachement viscéral à son pays lui vaut de jouir d’une grande popularité, qui dépasse parfois celle des meilleurs footballeurs tunisiens. Ons Jabeur, qui vit à Tunis, a décidé de préparer la saison hivernale chez elle, alors qu’elle avait l’habitude d’aller s’entraîner au Qatar. Ses performances sont suivies de très près par ses compatriotes, y compris par ceux dont les connaissances tennistiques restent aléatoires. « Dans les cafés, les gens suivent ses matchs à la télévision, même ceux qui ne comprennent pas les règles du tennis. Elle est un vrai symbole de réussite pour la Tunisie, une porte-étendard. La classe politique ne manque jamais l’occasion de la féliciter », souligne la présidente de la fédération.

Grâce à ses gains – environ 2 millions d’euros depuis le début de sa carrière – et l’aide financière de quelques sponsors, la Tunisienne parvient à prendre en charge ses déplacements et une grande partie des salaires de son staff technique. Ses résultats au niveau international ont également un effet majeur sur la pratique du tennis en Tunisie, où le nombre de clubs est passé de vingt-cinq à cinquante, y compris dans les zones les plus reculées.

« Chez les hommes, il y a Malek Jaziri, qui est l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du tennis africain et qui avait déjà contribué au développement de notre sport », rappelle Salma Mouelhi, même si le Bizertin, âgé de 36 ans, est en fin de carrière. « Je sais qu’en ce moment, on parle beaucoup de moi en Tunisie. On m’a montré les photos prises dans un café de Tunis, où les clients étaient très attentifs à un de mes matchs au Qatar. Les Tunisiens s’intéressent davantage au tennis, et c’est peut-être un peu grâce à mes résultats… Mais quand il y aura la CAN ou la Coupe du monde, on parlera à nouveau beaucoup du foot », s’amuse Ons Jabeur, avant de préparer son prochain départ pour aller disputer des tournois aux Etats-Unis, à Indian Wells, puis à Charleston.

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