La Ligue fermée est-elle la solution miracle pour sauver la L1 ?

Non, la Ligue fermée, c’est la fin du foot

  • Par Martin Mosnier

La Ligue fermée, c’est la mort de tout ce que j’aime dans le foot. De tout ce qui fait son sel. De sa raison d’être. L’incertitude, tout ce qui ne se maîtrise pas. Avant d’être un business, et avant même d’être un spectacle, le football est un jeu avec ses aléas. Ses gagnants, ses perdants. Avec le principe même de Ligue fermée, le football n’est plus une loterie. Ce n’est donc plus du football. A ce titre, la Ligue 1 n’est pas un business comme un autre. Parce qu’on ne peut pas tout maîtriser de A à Z pour s’éviter des déconvenues à savoir des relégations. On ne peut pas le rationaliser en posant des garde-fous.

Le football est avant tout un sport et pas un terrain pour les investissements financiers. Ce n’est pas une activité économique privée réservée aux plus riches. Sur quelle base constitue-t-on une élite du football français ? Si on tient la logique : ce sont donc les finances de chacun qui détermineront qui doit ou ne doit pas appartenir à cette ligue. Donc Auxerre, champion de France, quadruple vainqueur de la Coupe de France, quart de finaliste de la Ligue des champions mais actuellement en Ligue 2, y aurait moins sa place que Rennes qui n’a jamais terminé sur un podium de Ligue 1 mais qui appartient à la richissime famille Pinault.

Le logo d'Auxerre, pensionnaire de Ligue 2

Le logo d’Auxerre, pensionnaire de Ligue 2AFP

Le vrai problème c’est que la Ligue 1 appartient autant au PSG qu’à Metz, autant à Lyon qu’à Toulouse. Que fait-on de Lens, Lorient et tous ces clubs emblématiques, aujourd’hui en Ligue 2 ? De quel droit les condamnerait-on à tout jamais ? Parce qu’ils n’ont pas le portefeuille assez épais, on supprime toutes les ambitions des sans-grades d’aujourd’hui ? Ce n’est pas du tout l’idée que je me fais de la Ligue 1.

Avec une ligue fermée, finies les relégations. Que font ceux qui ne jouent pas le titre ou les places européennes, soit une bonne moitié tout de même des équipes d’un championnat ? Comme en NBA, elle s’adonne à ce formidable élan antisportif qu’est le ‘tanking’. A savoir perdre le plus de matches possibles, sacrifier une saison pour essayer d’avoir le meilleur choix de draft lors de la suivante. Accumuler les revers, ce n’est pas vraiment l’idée que je me fais du sport. Si la NBA s’en accommode très bien, tant mieux pour elle. Le spectacle et le business fonctionnent à merveille aux Etats-Unis.

Le football français a une histoire, des légendes. Et ce n’est pas parce qu’il traverse une crise économique majeure, ce n’est pas parce qu’il gère mal son argent ou ce n’est pas parce qu’il est incapable de briller en Europe, qu’il faut tout sacrifier pour assurer sa rentabilité. Repenser son modèle économique est une nécessité mais pas au détriment de ce qui l’a rendu si passionnant et attachant jusqu’ici.

Vidéo – “La Ligue fermée, c’est la mort du foot”

02:40

Oui, face au nouveau monde, une révolution s’impose

  • Par Glenn Ceillier

Il est temps d’avoir une réflexion sur nos bons vieux championnats. Et ce n’est pas forcément lié à cette crise inédite engendrée par la pandémie du coronavirus. C’est plus profond que cela. En fait, il serait bon d’arrêter de rêver et d’accepter une évidence : le football est devenu un business et il faut trouver la meilleure formule pour que ce petit monde tourne au mieux, sans hypocrisie. Dans ce contexte, les ligues fermées peuvent être une des solutions même si elles ne résoudront pas tous les problèmes.

Depuis plus d’un siècle, le football européen se base sur une structure pyramidale. Avec des montées et des descentes. Et l’idée que tout le monde peut s’y illustrer. Ce système de méritocratie a fait le charme et le succès du sport sur le Vieux Continent. Mais est-ce encore le cas ? Bien sûr que non. Et la L1 en est le meilleur exemple. L’inégalité financière entre les clubs place le PSG dans une autre sphère.

Neymar nach seinem Wechsel von Barcelona nach Paris

Neymar nach seinem Wechsel von Barcelona nach ParisEurosport

Alors bien sûr, il y a eu de belles exceptions ces dernières années avec Montpellier ou encore Monaco. Cependant, la puissance financière de la Ligue des champions, réservée à une élite, ne fera qu’augmenter ces différences au fil des années. Si cela semble difficile à mettre en place ou même à accepter sans renier nos amours de jeunesse, la création d’une ligue fermée permettrait de retrouver l’incertitude perdue dans nombre de championnats nationaux en raison des déséquilibres financiers.

Cette notion d’incertitude est en effet l’essence même des ligues fermées, comme c’est le cas en NBA, NFL, NHL… Entre les répartitions des revenus ou les différentes règles établies (draft, salary cap), tout est pensé dans ce but. Et c’est ce qui fait leur succès. Il serait bon de s’en inspirer. Car retrouver un semblant d’équilibre sportif dans les championnats nationaux européens ne serait pas du luxe. Tout comme pour le spectacle, la base de ce business. Avec des équipes plus équilibrées mais surtout sans la crainte de descendre, il n’est pas exclu de penser que certaines formations fermeront moins le jeu…

Enfin, il y a le côté financier, évidemment. Si d’aucuns refusent de voir leur sport comme cela, les clubs de football sont devenus de vraies entreprises. Certains, comme Lyon, sont même cotés en bourse. Or sans les descentes – qui peuvent rimer avec catastrophes industrielles et envoyer des salariés au chômage -, les ligues fermées réduisent l’incertitude. Il y a alors un contrôle plus facile de l’avenir. Ce qui permet d’attirer les investisseurs. Et gérer au mieux ses affaires avec plus de maîtrise et de sécurité. Cela n’a rien d’anodin car le football est devenu un business depuis plusieurs années maintenant, qu’on le veuille ou non. Comme souvent quand un nouveau monde s’impose, une révolution s’impose. Et non des moindres. Elle peut être difficile à accepter. Mais il faut voir ses bénéfices sur le long terme.

Memphis Depay et Jean-Michel Aulas, lors de la signature du Néerlandais à l'OL - 20 janvier 2017

Memphis Depay et Jean-Michel Aulas, lors de la signature du Néerlandais à l’OL – 20 janvier 2017Getty Images

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