Goze : “Nous espérons que plusieurs diffuseurs se positionneront”

Pourquoi avoir pris la décision d’anticiper un nouvel appel d’offres, en mettant dès à présent en jeu les droits TV de la période 2023-2027 ?

D’abord, je veux préciser qu’il est habituel de faire des appels d’offres de diffusion audiovisuelle avec un délai relativement important, par rapport à la fin du contrat. La dernière fois, nous l’avions lancé en avril 2016 pour un contrat qui débutait en juillet 2019. Soit plus de trois ans avant. Cette fois, nous sommes à un peu plus de deux ans. Il n’y a donc rien d’exceptionnel. Ensuite, nous voulions nous projeter plus loin, à moyen terme. Le rugby professionnel a besoin de travailler sereinement, d’assurer son plan stratégique, de continuer à développer sa visibilité et de conquérir de nouveaux publics. Nos objectifs sont là. Pour avancer sur tous ces développements en cours, il nous faut de la visibilité à moyen terme.

Autre point : en période instable, nous voulions sécuriser notre démarche de solidarité envers tous les rugbys. Les droits du Top 14 sont redistribués aux 30 clubs professionnels, ils viennent aussi au soutien du rugby amateur avec le financement des CTC (conseillers techniques des clubs) directement auprès de la FFR. Nous finançons enfin les clubs qui libèrent des joueurs internationaux pour l’équipe de France.

Cette démarche anticipée n’était-elle pas une demande des présidents de club ?

C’est la dernière chose et pas des moindres : cette année est particulière, compte tenu de la crise sanitaire. Elle engendre des difficultés financières chez certains clubs, qui vont se trouver contraints d’avoir recours à des aides financières auprès d’organismes prêteurs pour passer cette période délicate. Mais ces prêteurs, pour s’engager, ont eux aussi besoin de visibilité à moyen terme. C’est ce que nous voulons donc leur donner.

Concrètement, rassurer les banques ?

Oui, on peut le dire comme ça.

La période est économiquement tendue pour tout le monde, y compris les entreprises de media. N’y a-t-il pas un risque, en lançant l’appel d’offres en pleine crise, d’aboutir à des enchères inférieures à celles qui ont cours actuellement (97 millions d’euros annuels, jusqu’en 2023) ?

Il y a toujours une sécurité avec un prix de réserve qui, s’il n’est pas atteint, nous permet de déclarer l’appel infructueux. Si cela arrive, le délai nous permettra d’avoir le temps de nous retourner, et d’organiser une nouvelle démarche.

De combien est le prix de réserve ?

105 millions d’euros. Ce n’est pas secret puisque la somme est rendue publique.

Vous n’envisagez donc qu’une issue à la hausse, en croissance…

Le Top 14 est un produit de valeur. C’est le deuxième championnat de sport français et nous le jugeons attractif, en termes de rapport qualité/prix. Nous pensons qu’il mérite ce prix de réserve.

Quel est le calendrier pour se positionner ?

L’appel d’offres débute dès aujourd’hui (jeudi). Il sera ouvert jusqu’au premier mars.

Pourquoi ne pas passer par des négociations de gré à gré ?

Depuis 2014 et la procédure engagée par BeIN, les droits du Top 14 sont en catégorie « Premium ». En clair, ils sont obligatoirement soumis à un appel d’offres et selon des conditions légales prédéfinies et imposées. On ne fait pas ce qu’on veut, c’est assez strict dans la manière d’opérer. L’appel d’offres est donc une obligation légale.

Espérez-vous l’arrivée de nouveaux diffuseurs ?

C’est évidemment un scénario qu’on peut imaginer. Il y aura trois lots. Avant de nous lancer, nous avons fait le tour du marché. J’ai le sentiment que notre démarche a été perçue favorablement. Nous avons été plutôt très bien accueillis. Nous espérons effectivement que plusieurs diffuseurs se positionneront. Nous avons le sentiment que notre offre est à même de donner satisfaction à ceux qui veulent jouer l’exclusivité, autant que ceux qui veulent se positionner sur un lot en particulier.

L’idée fait son chemin d’un marché des droits de diffusion du sport investi par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Est-ce aussi ceux-là que vous allez chercher ?

Nous sommes ouverts à tout le monde, aussi bien aux services de télévision classiques qu’aux services digitaux. Tout le monde peut répondre et je pense qu’il y a effectivement matière à intéresser tout le monde. On est assez optimiste, pour tout vous dire.

Concrètement : parmi les lots, en avez-vous conçu un plus spécialement pour l’offre numérique ?

Oui, il en est un qui est calibré pour le digital, c’est vrai. Mais tous les lots sont ouverts à tout le monde, je le répète. Et nous pensons que le jeu de la concurrence pourrait nous conduire vers une réussite.

Canal +, diffuseur exclusif et historique du rugby professionnel, a montré sa solidarité avec le rugby pendant ces derniers mois d’instabilité financière. Ne pourrait-il pas se retrouver piégé par votre démarche anticipée et l’arrivée d’un concurrent, qui le déposséderait de son offre rugby ?

Je vous l’ai dit : l’appel d’offres est une obligation légale qui nous est faite. On ne peut pas y couper. On ne peut pas faire de gré à gré. Notre diffuseur, avec lequel nous entretenons effectivement d’excellents rapports, est donc contraint de courir ce risque. Il n’y a aucune démarche agressive de notre part, contre quiconque.

Dans le calendrier, cette annonce tombe aussi quelques semaines avant des élections à la présidence de la LNR. Est-ce une manière de couper l’herbe sous le pied de la future équipe ?

Pas du tout. Ce n’est pas notre stratégie. Ce n’est pas le projet du président : c’est un travail collectif, avec un comité de pilotage où les 6 présidents du Top 14 qui siègent au comité directeur sont représentés. C’est un projet collectif, pas celui du président Paul Goze. D’ailleurs, je vais vous dire : quand on est président, l’inaction, c’est le confort. Quand on est dans l’action, on prend des risques.

Tout de même, la future équipe aura ce contrat en héritage…

S’il n’y avait pas eu de crise sanitaire, cet appel d’offres aurait déjà été accompli. Nous travaillons dessus depuis janvier 2020. Avec la crise, nous avons suspendu nos travaux pour les reprendre en septembre, ce qui nous a contraints à un peu de retard. Mais depuis septembre, nous travaillions sur ce calendrier. Nous nous sommes tenus à ce planning, sans se soucier des élections. Pour nous, il fallait seulement aller vite, au regard des besoins de financements qu’évoquent les clubs. Il ne fallait plus retarder l’échéance.

La situation du football et le dossier Mediapro sont-ils entrés en ligne de compte ?

Bien sûr, la question s’est posée. Quand cet aléas est apparu à l’automne, nous nous sommes posé la question de modifier ou non notre planning. Mais la situation du foot bouge trop : une semaine, ils partent sur du gré à gré ; la suivante, ils lancent un appel d’offres. Ils ont aussi des procédures en cours. Tout cela pourrait très bien durer des mois et nous ne pouvons pas attendre. Trop de scénarios sont possibles au foot, si bien que nous avons décidé d’avancer, de poursuivre notre bonhomme de chemin sans prendre en compte ce qui se passe de leur côté. Et d’ailleurs, nous ne sommes pas en concurrence frontale avec eux : les dates de clôture des appels d’offres ne sont pas les mêmes, 1er février pour eux, 1er mars pour nous. Les contrats de diffusion ne portent pas sur les mêmes périodes. Il n’y avait donc pas de raison de modifier notre calendrier.

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