Florian Maurice raconté par ceux qui le connaissent le mieux

Il y a un peu plus d’un an, en février 2019, après la victoire de Lyon 2-1 face au PSG, c’est de la bouche de Jean-Michel Aulas que sortaient les compliments: “Je voudrais tirer un coup de chapeau à Florian Maurice. Dans l’équipe ce soir il y avait Moussa Dembélé, Jason Denayer et Léo Dubois. Quand vous faîtes trois recrues de ce niveau-là qui réussissent à chaque fois des grands matchs, vous pouvez-vous dire que le recruteur, qui fait quasiment office de directeur sportif, est un super recruteur.” Et pourtant c’est sous le ciel breton que s’écrit l’avenir de l’ancien buteur des gones. Une voute moins nuageuse que celle du Rhône depuis quelques mois et les tensions nées avec l’arrivée de Juninho.

Le travailleur

Armand Garrido a entraîné pendant trente ans à l’OL. Arrivé en 1989, il découvre le jeune Florian Maurice âgé de quinze ans et grand espoir du club. Vingt ans plus tard c’est avec d’autres responsabilités que les deux hommes travaillent ensemble. “J’ai pratiqué une année le métier de recruteur à côté de lui et j’ai été étonné du nombre de matchs qu’il peut avaler. Il y passe sa vie grâce aux outils informatiques. Et quand il rentre à la maison il regarde encore des matchs. Je me demande s’il ne dort pas en regardant des matchs.” Une boulimie que confirme Bruno Genesio chez nos confrères d’Eurosport. “Il arrive à 8h, il repart à 20h quand il est à Lyon. Mais il est souvent loin de Lyon pour voir les matches et il ne s’économise pas, explique le technicien. Je me suis même fait du souci pour lui parfois. Mais c’est capital parce que la force d’un recruteur, c’est d’aller voir les matches. Aller sur place, voir de ses yeux le comportement du joueur, c’est irremplaçable.”

Jocelyn Gourvennec est un proche de l’ancien attaquant. Les deux hommes ont signé le même jour dans les bureaux de Robert Louis-Dreyfus leur contrat à l’OM en 1998. Depuis les contacts sont réguliers. «”Très souvent quand je l’ai au téléphone il est à l’étranger pour des rassemblements, des tournois Internationaux de jeunes.”

L’enthousiaste

L’an passé Armand Garrido a d’ailleurs suivi le tournoi de Montaigu avec le responsable de la cellule de recrutement. “Il est enthousiaste. Même quand il voit un garçon de quinze ans talentueux il est capable de dire: ‘ah c’est dommage qu’il ne soit pas chez nous’. C’est quelqu’un avec qui on a envie de travailler. Il vous emmène, il vous inspire dans sa spirale. Quand on avait un doute ou qu’on avait envie de lui montrer un jeune: il venait. Il fait passer quelque chose.” Depuis dix ans avec un travail de l’ombre, c’est souvent une image plus discrète voir effacée qui peut se dessiner. Un constat vite balayé par Jocelyn Gourvennec. “Je connais bien Florian, ce n’est pas quelqu’un de discret. Ce n’est pas quelqu’un d’effacé. Il a les idées claires et sait ce qu’il veut ou pas. Quand il a un avis à donner il le donne en argumentant. Il n’aurait pas fait la carrière qu’il a faite s’il n’avait pas de caractère.”

C’est donc en coulisse que Florian Maurice s’est construit ces dix dernières années une carrure de recruteur souvent louée et un solide carnet d’adresse. “Il n’a pas besoin de nourrir son ego, poursuit Jocelyn Gourvennec. C’était aussi le cas quand il était joueur. Il est très respectueux de la hiérarchie, c’est un vrai professionnel qui se prend en main. Il était comme ça quand il était professionnel et je pense qu’il est comme ça aujourd’hui.”

L’ancien entraîneur de Guingamp apprécie comme beaucoup son œil aiguisé de chercheur de talents. “Et il a aussi une faculté à se projeter, ajoute Armand Garrido. Il est capable de trouver chez des joueurs talentueux une trajectoire. Savoir si le gars va arriver à quelque chose ou pas. Oui il a un œil c’est sûr et certain.”

Le nouveau rôle

L’ancien entraîneur lyonnais parti l’été dernier après trente ans de bons et loyaux services s’étonne de voir Maurice quitter les rives du Rhône. “Je suis surpris qu’on en arrive là après tant d’années. Voir Florian Maurice s’en aller de Lyon, un pilier de l’OL, je me demande comment c’est possible. Après les départs qu’il y a eu l’année dernière, le Lyonnais n’est vraiment plus à la mode en ce moment.”  Pour Jocelyn Gourvennec l’explication de ce départ peut analyser par une fin de cycle. “Certainement qu’il a besoin d’un nouveau challenge. Les rôles ont été redistribués à Lyon cette saison et peut-être qu’il s’y retrouve moins. Ce sera à lui d’en parler.”

Si à Lyon Florian Maurice n’avait pas vocation à être sur le devant de la scène, en Bretagne il se retrouvera naturellement avec un nouveau rôle un peu plus sous le feu des projecteurs. Juste une question d’équilibre pour son ancien coéquipier de l’OM “Il faudra trouver un nouveau fonctionnement avec un jeune entraîneur, un nouveau président et un nouveau directeur sportif. Il aura un rôle différent de celui qu’il avait à Lyon. Après avoir travaillé toujours dans l’ombre, il va devoir être plus présent auprès du groupe. Il y aura une dimension politique qu’il va devoir assumer ce qu’il n’y avait pas à Lyon. Pour que ça fonctionne il faut que la sensibilité foot du directeur sportif colle à celle de l’entraîneur qui est en place. Il y a pas mal de club où ce n’est pas le cas et c’est un souci. A Lyon ça fonctionnait plutôt bien. Il connaît très bien le haut niveau mais il va passer d’un club qui avait énormément de moyens à un club qui en a un petit peu moins. Je ne suis pas sûr que Rennes puisse s’offrir un Memphis Depay par exemple. Mais il y aura un marché qui est différent pour lui.”

Pas de doute pour Armand Garrido, Florian Maurice enfilera sans souci le costume de directeur sportif. “C’est un rôle dont il était proche finalement à Lyon certaines fois. Mais ça s’est fait dans la discrétion. Rennes ce n’’est pas une coïncidence non plus car c’est un club qui fait un gros travail au niveau de la formation. C’est un des meilleurs clubs de France, si ce n’est pas le meilleur aujourd’hui dans ce domaine. Donc je ne suis pas surpris que le club lui ait fait les yeux doux et que Florian soit attiré par Rennes parce que il aime aller chercher les jeunes talents.”

Si certains s’interrogent sur le bilan de Florian Maurice depuis dix ans de Lovren à Dubois, ce n’est pas le cas de Jocelyn Gourvennec. “Son bilan est largement positif à Lyon. Il avait pris Darder par exemple en Espagne. C’est un super footballeur mais il n’a pas su s’adapter au championnat français. On peut dire que c’est un échec mais il y a une part d’adaptation qui est difficile et c’est le cas pour Andersen aujourd’hui aussi. Mais il y a un paquet de joueurs qu’il a proposé à sa direction qui sont des réussites manifestes. A Rennes le recrutement est de qualité depuis quelques années. Aucun club au monde fait 100 % de réussite sur le recrutement. Je pense que si on le laisse travailler et qu’il est sur la même longueur d’onde que son entraîneur ça fonctionnera.”

Lire la suite sur RMC Sport