FIFA : la justice suisse va refermer partiellement la procédure visant Sepp Blatter

Sepp Blatter, en avril 2016, à Lausanne.

Sepp Blatter, en avril 2016, à Lausanne. FABRICE COFFRINI / AFP

C’est une demi-victoire judiciaire pour Sepp Blatter. Selon les informations du Monde et du quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, le ministère public de la Confédération helvétique (MPC) a décidé, en mars, de clore l’une des deux enquêtes visant l’ex-président suisse de la Fédération internationale de football (FIFA) dans le cadre de la procédure pénale ouverte le 24 septembre 2015 « pour soupçon de gestion déloyale et abus de confiance ».

Au terme de près de cinq ans d’enquête, l’ex-patron du ballon rond (1998-2015), 84 ans, ne sera donc pas poursuivi pour l’octroi de droits télévisés à l’Union caribéenne de football (CFU), l’un des deux volets de la procédure, comme il en a reçu la confirmation, fin mars, dans un courrier du procureur fédéral Thomas Hildebrand.

La décision, non encore officialisée, du parquet suisse – contacté, le MPC a confirmé qu’il entendait clore l’enquête concernant ce dossier – intervient alors que la justice américaine a accusé pour la première fois, lundi 6 avril, des dirigeants de la FIFA d’avoir reçu des pots-de-vin dans le cadre de l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022, respectivement à la Russie et au Qatar.

15 à 20 millions de dollars

Le MPC soupçonnait M. Blatter d’avoir signé, en septembre 2005, un « contrat défavorable à la FIFA » avec la CFU, dirigée alors par le Trinidadien Jack Warner, suspendu à vie par la Fédération internationale et inculpé pour corruption par la justice américaine.

Résilié par la FIFA en 2011, ledit contrat avec la CFU a été révélé le 12 septembre 2015 par la chaîne de télévision suisse SRF. Cette dernière accusait M. Blatter d’avoir bradé les droits télévisés des Mondiaux 2010 et 2014 à Jack Warner, qui aurait réalisé un profit estimé entre 15 millions et 20 millions de dollars.

L’ex-président de la FIFA reste prévenu dans le second volet de l’affaire, le plus médiatique : le paiement prétendument « déloyal » de 2 millions de francs suisses à Michel Platini en février 2011

L’ex-président de la FIFA conserve, pour le moment, son statut de prévenu dans le second volet de l’affaire, le plus médiatique, actuellement en phase d’instruction : le paiement présumé « déloyal » de 2 millions de francs suisses (1,8 million d’euros) qu’il a versé, en février 2011, à Michel Platini, alors président de l’Union des associations européennes de football (UEFA). Selon les deux intéressés, ce versement correspond à un reliquat de salaires datant de l’époque (1998-2002) où le Français était le conseiller du Valaisan.

Interrogé comme témoin assisté, le 25 septembre 2015, M. Platini a été mis hors de cause dans cette affaire, en mai 2018, par une lettre du parquet suisse.

Mais c’est bien l’ouverture d’une procédure pénale contre M. Blatter qui avait conduit le comité d’éthique de la FIFA à suspendre, en octobre 2015, l’ex-patron du football mondial et M. Platini. Et ainsi sceller la chute des deux dirigeants les plus puissants du football mondial. Candidat à la succession de M. Blatter pour le scrutin de février 2016, l’ex-numéro 10 des Bleus avait vu ses ambitions politiques foudroyées par sa radiation. Laquelle s’est achevée en octobre 2019. M. Blatter avait, lui, été suspendu six ans pour ce paiment des deux millions (le comité d’éthique de la FIFA ne s’est penché sur le contrat avec la CFU le concernant), une sanction confirmée en décembre 2016 par le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne.

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« Je demanderai à la FIFA de me réhabiliter »

« Ce mouvement va dans le bon sens », a réagi l’ancien président de la FIFA après avoir reçu le courrier du parquet suisse lui annonçant que l’enquête sur le contrat avec la CFU allait être close. Depuis 2015, M. Blatter est défendu par Me Lorenz Erni – qui n’a pas donné suite à nos sollicitations –, également avocat de le réalisateur Roman Polanski et surtout de… Michael Lauber, le procureur général du parquet suisse. En mars, ce dernier a été reconnu coupable d’avoir contrevenu à ses devoirs de fonctions, au terme de l’enquête disciplinaire de l’Autorité de surveillance du parquet suisse, en raison de ses rencontres informelles, en 2016 et 2017, avec Gianni Infantino, le successeur de M. Blatter à la tête de la FIFA.

Désormais, Sepp Blatter espère que « le cas des 2 millions sera refermé » afin de demander à la FIFA de lever sa suspension. « Je demanderai à la FIFA de me réhabiliter », assure le Valaisan, en conflit ouvert avec l’institution et son successeur.

Les autorités helvétiques ont jusqu’à 2026 pour prendre une décision concernant l’affaire du versement des 2 millions de francs suisses. Selon le code pénal suisse, l’écoulement du temps peut conduire à une atténuation de la peine, notamment lorsque les deux tiers du délai de prescription sont atteints (en 2021 en l’espèce).

« Le temps joue pour M. Blatter »

« Le temps joue pour M. Blatter, estime MVincent Solari, l’avocat suisse de Michel Platini dans ce dossier. Même si je ne vois pas comment il pourrait être reconnu coupable de quoi que ce soit en ce qui concerne le paiement litigieux. »

En attendant le verdict du MPC sur le paiement de 2 millions, l’affaire pourrait aller par ailleurs devant la justice civile dans la mesure où la FIFA a indiqué avoir déposé plainte, en décembre 2019, contre MM. Platini et Blatter pour obtenir le remboursement de ces fonds versés de façon « indue », selon l’instance.

L’affaire tournerait à l’affrontement politique et judiciaire. Et ce d’autant plus que, selon les informations du Monde et du journal suisse Neue Zürcher Zeitung, les rapporteurs de l’Autorité de surveillance du parquet suisse ont estimé, dans un rapport disciplinaire publié en mars, qu’un ami magistrat de M. Infantino a cherché, pour le compte de ce dernier, en juillet 2015, à glaner auprès du procureur général Michael Lauber des informations judiciaires concernant… Sepp Blatter et Michel Platini.

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