Cyclisme : les ambitions paralympiques de Kévin Le Cunff pour Tokyo 2021

Kevin Le Cunff (ici en août 2018) a passé trois ans au sein de l’équipe Saint Michel-Auber 93, au niveau continental, la 2e division du cyclisme

Kevin Le Cunff (ici en août 2018) a passé trois ans au sein de l’équipe Saint Michel-Auber 93, au niveau continental, la 2e division du cyclisme PAPON BERNARD / PRESSE SPORTS

Il y a une vie après le professionnalisme. Après trois ans passés au sein de l’équipe Saint-Michel-Auber 93, au niveau continental, la 2e division du cyclisme, Kévin Le Cunff se lance à 32 ans dans une nouvelle aventure : celle du handisport. Après des années à pédaler chez les valides malgré « deux pieds bots et un mollet atrophié », le coureur parisien, qui n’a pas trouvé le nouveau contrat professionnel espéré, est sur le point de concrétiser un projet qu’il mûrissait depuis quelque temps.

« Jeune, je n’ai jamais pensé au handisport. Je voulais aller le plus loin possible au sein de l’élite. C’est ce que j’ai fait. Mais j’en avais parlé avec l’un de mes coéquipiers : “Le jour où ma carrière professionnelle s’arrête, je me renseignerai un peu plus…” », confiait celui qui a terminé à la 17e place du dernier Paris-Tours, deuxième meilleur Français.

Performant chez les amateurs, où il conjuguait sa passion avec un métier de technicien dans une usine de la Snecma, Kévin Le Cunff avait grimpé les échelons depuis la 3e catégorie jusqu’à l’équipe réserve d’Auber 93. En 2016, il avait remporté quelques succès qui lui avaient ouvert les portes du monde professionnel.

« Mon geste de pédalage n’est pas complet »

Discret, le coureur n’a jamais parlé publiquement de son handicap mais ne l’a jamais non plus caché : « J’ai un mollet complètement atrophié. Tout le monde le voit, mais peu de gens m’ont posé la question. Je pense peut-être que ça les gênait. Par contre, dans mon entourage et au sein de mon équipe, il n’y avait pas de tabou. Tout le monde le savait. »

A l’aise sur les courses en ligne, il a multiplié les places d’honneur lors de son passage chez les professionnels, remportant sa seule victoire lors des Boucles de l’Aulne en 2018 ou terminant encore deuxième de la dernière étape du Tour de la Mayenne 2019, « sauté » sur la ligne par le sprinteur Bryan Coquard.

« J’ai essayé de ne jamais considérer mon handicap comme quelque chose de handicapant. Mais c’est sûr qu’au quotidien, ça l’est. Je suis complètement bridé des chevilles. Je n’ai aucune mobilité et donc mon geste de pédalage n’est pas complet. J’étais vraiment pénalisé sur les épreuves type contre-la-montre et moins gêné en danseuse », explique Kévin Le Cunff.

Entraîneur en chef du paracyclisme au sein de la Fédération française handisport (FFH), Laurent Thirionet s’est chargé d’accueillir l’ancien professionnel dans ce nouveau monde. Amputé d’une jambe à 23 ans, il a été double champion paralympique et dirige une équipe de Division 1 nationale à Dunkerque que vient de rejoindre Le Cunff.

« Kévin est un bon coureur. Au début, il était attristé de ne pas retrouver de contrat chez les pros mais après il s’est mis en tête de faire les Jeux paralympiques de Tokyo, livre l’ex-champion. Il a un handicap minimal pour être éligible au handisport, le même genre que ce que les meilleurs coureurs français, brésiliens ou américains ont aussi. C’est une vraie performance d’avoir été pro. Sans ça, peut-être qu’il aurait passé un cap… »

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Passer l’étape de la classification

Alors que Kévin Le Cunff prévoyait de commencer sa nouvelle carrière à la fin de mars, la pandémie du Covid-19 reporte sine die ses projets. Lui qui se voyait déjà briller cet été à Tokyo devra désormais attendre un an après le report des Jeux paralympiques (du 24 août au 5 septembre 2021).

Un imprévu qui présente des avantages et des inconvénients. Le report va lui donner un peu plus de temps pour « travailler ses points faibles » : la piste et le contre-la-montre. Mais il ne lui permettra pas de surfer sur la forme de sa fin de carrière professionnelle : « Je n’avais plus qu’à la maintenir quelques mois pour réaliser mes objectifs estivaux. »

A la FFH, ce contretemps est pris avec philosophie. En tant que nouvel athlète handisport, Kévin Le Cunff doit passer l’étape de la classification, un examen médical poussé qui lui attribuera une catégorie en fonction de son handicap. Il en existe cinq différentes chez les cyclistes.

Pour Pierrick Giraudeau, directeur de la performance, le report évitera toute précipitation : « Cela va nous donner un an de plus pour l’accompagner de manière plus sereine, je l’espère pour lui, jusqu’aux Jeux. Plus les compétitions étaient annulées, plus on désespérait de pouvoir le classifier. »

Afin d’être éligible aux Jeux paralympiques, le coureur devait s’aligner soit sur la manche de Coupe du monde qui était prévue en Italie à la fin d’avril, soit sur les Mondiaux qui devaient se dérouler en mai en Belgique. La transition du professionnalisme vers le handisport sera donc moins rapide.

« Je lui ai expliqué qu’il intégrait un milieu où l’on n’est parfois pas encore considéré comme de vrais athlètes de haut niveau et où les courses sont moins médiatisées. Il va falloir l’assimiler mais il est assez intelligent pour cela, lance Laurent Thirionet, optimiste. Il arrive au moment où le paracyclisme se professionnalise. Grâce à Paris 2024, nous disposons de plus de moyens. Je pense qu’il gagnera davantage sa vie en étant un vrai espoir de médailles qu’en étant un coureur de niveau continental. »

Jeune trentenaire, Kévin Le Cunff a encore de belles années devant lui. Le cycliste peut s’inspirer de son nouveau coach : Laurent Thirionet était âgé de 42 ans quand il a remporté, à Londres en  2012, la dernière de ses sept médailles paralympiques.

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