Comment les cellules de recrutement se sont organisées pendant le confinement?

L’essence même d’une cellule de recrutement est de regarder des matchs pour définir une liste de joueurs ciblés pour les mercatos qui suivent. Depuis plusieurs semaines, il n’y a plus de rencontres en raison de l’épidémie de coronavirus et l’interruption des compétitions.

La plateforme WyScout cartonne

Le “scouting” se retrouve-t-il, lui aussi, à l’arrêt? Non, au contraire. “C’est fou à dire, mais on travaille plus qu’avant, résume le recruteur d’un grand club européen. Sauf qu’on ne fait plus de déplacements. On passe notre vie sur WyScout.”

Une analyse partagée par Luis de Sousa, directeur sportif de Troyes, qui travaille avec deux autres personnes. “J’ai l’impression qu’on prend beaucoup plus de temps pour affiner nos recherches, pour discuter entre nous, estime le dirigeant troyen. Et donc on travaille plus en ce moment.”

Wyscout, la plateforme de visionnage de rencontres utilisée par la majorité des clubs, est devenue le repère des recruteurs et des directeurs sportifs ces dernières semaines. D’autres logiciels sont également utilisés par les clubs (InStat, logiciel interne…).

Les cellules qui ont anticipé sont avantagées

Si rien ne remplace l’observation en direct sur les terrains, les cellules se sont adaptées. Les plus réputées avaient déjà anticipé leur recrutement. “C’est notre chance… explique Julien Fournier qui est à la tête d’une cellule de douze personnes à l’OGC Nice. La majorité du scouting se fait de septembre à février. C’est le gros du travail d’identification des joueurs. Après on entre plus dans la phase où on affine avec trois ou quatre noms par poste.”

Les clubs qui anticipent généralement leur marché ont donc des idées claires sur les joueurs à recruter. Même sans pouvoir approfondir les rapports existants avec des analyses en direct.  C’est le cas de Lille, qui devait entrer dans son dernier tour d’observation par zone géographique. Luis Campos et son équipe (sept personnes) ont dû annuler cette période pour passer à la phase d’écrémage des listes. Le LOSC avance aussi sur les opportunités de marché, comme celle que représente le dossier Isaac Lihadji (OM). Une telle avance est une possibilité pour des clubs qui suivent certains joueurs depuis plusieurs années. 

Apprendre à connaître les joueurs via la vidéo

A Reims, Mathieu Lacour (Directeur général) et Pol-Edouard Caillot (responsable d’une cellule de quatre personnes) vont même déjà plus loin. “On entre déjà dans le relationnel avec les joueurs ciblés, détaille Mathieu Lacour. On aime aller aux restaurants avec eux, apprendre à les connaitre. Avec cette crise sanitaire, ce sera en vidéo. Mais on a déjà prévu de le faire avec un joueur la semaine prochaine. On n’a pas pris de retard.”

Le même constat prévaut aussi à Nice. “On aime passer du temps avec les joueurs, affirme encore Julien Fournier. Le contact humain va manquer, mais comme pour l’observation, on va s’adapter avec de la vidéo.” Et Mathieu Lacour de reprendre: “On regarde beaucoup les réseaux sociaux chez nous. Les interviews aussi réalisées par le joueur pour avoir une approche de sa personnalité.”

“Du retard sur la prise de décision, pas sur l’observation”

D’autres clubs sont plus impactés par l’absence de matchs et de compétitions. C’est le cas pour un club de bas de tableau en Ligue 1, qui a construit sa première cellule de recrutement après le mercato de janvier. “On a pu travailler quinze jours en réel, indique un membre de cette cellule. Mais cette période nous permet aussi d’avoir plus de temps pour approfondir nos rapports, même si c’est avec de la vidéo. On prend du retard sur la prise de décision. Pas sur l’observation.”

Ces clubs sont plus tentés d’avancer sur des pistes dites sécuritaires et moins risquées sur le papier. “On va moins aller vers la découverte mais vers des joueurs qu’on connaissait déjà, complète un dirigeant. Les petits clubs qui vont le mieux s’en sortir seront ceux qui arriveront à faire des ventes tôt sur le marché.”

Certains se tourneront plus vers leur centre de formation. “On va être tenté de faire plus confiance à nos jeunes, poursuit Luis De Sousa à Troyes. On fait beaucoup de réunion à ce sujet avec notre directeur de centre de formation.” Tout le monde attend surtout le début du mercato, qui dictera le tempo des semaines qui suivront. Et un dirigeant de conclure: “On aura des références de prix à ce moment. On pourra alors s’adapter au nouveau monde.”

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