Christian Gourcuff : « Il faudra bien que le foot revienne à une économie réelle »

L’entraîneur du FC Nantes Christian Gourcuff, au stade Roazhon Park, le 31 janvier à Rennes.

L’entraîneur du FC Nantes Christian Gourcuff, au stade Roazhon Park, le 31 janvier à Rennes. DAMIEN MEYER / AFP

Les crises sont propices aux remises en question. Celle qu’a provoquée la pandémie due au coronavirus bouleverse l’économie dans son ensemble. Le football, industrie à part entière, n’y échappe pas. Alors qu’il est à l’arrêt, le modèle sur lequel il est bâti depuis des années est malmené. Le Monde a décidé d’interroger certains de ses acteurs sur la gestion de la crise actuelle, ce qu’elle révèle, la façon d’en sortir et, peut-être, les changements à apporter. A 65 ans, dont trente-huit années passées sur les bancs de touche, Christian Gourcuff, entraîneur du FC Nantes, pose un regard critique – et donc assez rare – sur les dérives du marché du football qu’il lie à ceux du capitalisme actuel.

Dans un entretien à Ouest-France lundi, vous dites que ça ne serait pas un drame « si le football diminuait son train de vie de 50 % ». C’est une parole assez rare dans votre milieu.

Si on réduit les salaires de moitié dans le foot, personne ne sera sur la paille. Un joueur moyen de Ligue 1 peut gagner 80 000 euros par mois [94 000 euros brut, selon une récente estimation de L’Equipe]. On a de quoi voir venir. Depuis, un accord entre les clubs et les représentants des joueurs a été trouvé pour acter d’un report de salaire selon les différentes tranches de revenus. C’est bien, mais c’était la moindre des choses je trouve.

Quand vous étiez joueur dans les années 1970, les salaires étaient plutôt ceux de cadres supérieurs.

Et encore, je ne sais même pas si c’était le cas. J’ai pensé poursuivre à un moment des études d’ingénieur. A l’époque, je m’y serais bien mieux retrouvé au niveau salaire que dans le foot. Pendant longtemps, à Lorient, c’était mon emploi de prof de maths qui me permettait de vivre. Aujourd’hui, on voit déjà une surenchère sur des joueurs de 16 ans auxquels il faut donner des salaires incroyables si vous voulez qu’ils signent pro chez vous à l’issue de leur formation.

Vous tenez ce discours depuis des années, mais vous dites que cette crise montre à quel point le football est lié aux dérives d’une mondialisation débridée. C’est encore plus sensible aujourd’hui ?

Oui, je pense que nous vivons dans un modèle économique qui ne peut pas continuer de la sorte. La planète vit à crédit, consomme plus que ses ressources disponibles et le football fait partie de cette logique. Il suit cette dérive de l’économie et fonctionne sur la spéculation. On vit d’emprunts et quand on spécule, on ne gagne pas toujours. Il faudra bien que le foot revienne à une économie réelle. S’il dépensait l’argent qu’il avait, je dirais pourquoi pas. Mais ce n’est pas le cas. On va dans le mur mais on refusait de voir ce mur. Cette crise vient nous le rappeler.

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