Bernard Caïazzo : « Il y aura un avant et un après-crise, le football va devoir penser différemment »

Bernard Caïazzo, en mai 2019.

Bernard Caïazzo, en mai 2019. MANDEL NGAN / AFP

Les crises sont propices aux remises en question. Celle provoquée par la pandémie de Covid-19 bouleverse l’économie dans son ensemble. Le football, industrie à part entière, n’y échappe pas. Le modèle sur lequel il est bâti depuis des années est malmené. Le Monde a décidé d’interroger certains de ses acteurs sur la gestion de la crise actuelle, ce qu’elle révèle, la façon d’en sortir et, peut-être, les changements à apporter. Bernard Caïazzo, copropriétaire de l’AS Saint-Etienne et président de Première Ligue, le syndicat patronal représentant la plupart des clubs de Ligue 1, aborde ces sujets. Et esquisse le portrait du football d’après, davantage régulé, moins tourné vers le profit à court terme.

Le recours au chômage partiel en Angleterre par un club puissant tel que Liverpool a choqué l’opinion. Le comprenez-vous, alors que la quasi-totalité des clubs français ont eu recours au même système, payé par l’Etat ?

Les gens confondent la richesse de Ronaldo ou de Neymar avec celle des clubs. Prenez une entreprise d’un autre secteur non essentiel, du divertissement ou du tourisme : l’arrêt de son activité est compensé par l’Etat. Pourquoi le football n’aurait-il pas le droit d’y avoir recours ? Cela signifierait qu’un club à l’actionnariat traditionnel, comme le nôtre, serait pénalisé et que les clubs ne pourraient plus être possédés que par des milliardaires.

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Verra-t-on des clubs professionnels disparaître en France dans l’année à venir ?

Je ne vois pas de clubs en difficulté à l’issue de la saison actuelle. Les clubs ont des réserves qui seront mobilisées ainsi que des capacités d’emprunt. Si, dans le pire des cas, on ne reprend pas la saison, on peut s’en sortir sans défaut de paiement.

Le gros sujet, c’est la saison 2020-2021. Les voyants étaient tous au vert il y a quelques mois – ventes de joueurs, développement marketing, droits télévisés – et sont passés au rouge. Notre mercato dépend de la situation économique de nos voisins : s’ils reprennent, ils pourront maintenir les prix d’achat de joueurs à un bon niveau, sinon… Le Centre international d’étude du sport (CIES) estime déjà la baisse à 28 %.

Le tissu économique français subit la crise de plein fouet, ce qui aura des répercussions sur nos revenus marketing, estimés en baisse de 20 % : beaucoup de clubs ont des partenaires locaux qui vont être moins présents. Enfin, il y a la question des droits télévisés. Si les engagements ne sont pas tous tenus, on peut avoir, dès octobre ou novembre, des clubs en grosse difficulté.

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